Après la chair

Claude Romano

Abstract


Il n’y a pas de question plus urgente, pour la phénoménologie, que la question du « corps propre », comme il est convenu de l’appeler depuis Husserl. Mais il n’y a pas non plus de question qui ait été davantage négligée par les phénoménologues contemporains. À première vue, cette affirmation se heurte à l’évidence d’une production littéraire quasi exponentielle autour de cette notion depuis plus d’une trentaine d’années, aussi bien en histoire de la philosophie que dans des travaux qui se sont efforcés de croiser la perspective phénoménologique avec les apports des sciences du cerveau et de la cognition. L’ennui est que cette ample littérature ne pose aucune des questions préjudicielles à l’adoption du concept de corps propre ou de chair (Leib) en phénoménologie ; pour l’essentiel, elle fait comme si ce concept allait de soi et se borne à se demander de quelle manière il pourrait « féconder » des approches scientifiques plus positives. La légitimité du concept même de Leib et de ses prolongements à l’intérieur du courant phénoménologique n’y est jamais questionnée en tant que telle. Non seulement on ne se demande pas si les descriptions de cette « chair » au fil conducteur de l’expérience du toucher redoublé est tenable, mais on ne soulève même pas la question de savoir si l’adoption de ce concept chez Husserl et ses successeurs n’est pas conditionnée par des présupposés discutables et, en vérité, par tout un cadre théorique, de sorte que la mise en question de certains aspects centraux de ce cadre devrait conduire inévitablement à une révision en profondeur de ce concept. C’est cette question que nous voudrions aborder dans ces pages. Compte-tenu de l’ampleur du sujet, notre but sera uniquement d’indiquer un certain nombre de directions que pourrait – ou devrait – emprunter la réflexion.




DOI: https://doi.org/10.5195/jffp.2013.611

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